2020-12-07

Retour d'expérience #6 : les outils

L’édition 2020 de Ethics by design a été pour nous l’occasion de repenser une large partie de nos outils numériques. Par “outils”, nous entendons “services que nous utilisons pour un aspect de l’événement”.

Nous avons déjà évoqué la question de Zoom dans notre article sur la production audiovisuelle, nous n’y reviendrons donc pas. Au-delà de Zoom, nous utilisons un certain nombre d’autres outils numériques, et notamment trois plus spécifiques :

  • Un site web, occasion en 2020 d’une large réflexion sur son éco-conception ;
  • Une billetterie, ici HelloAsso ;
  • Une plateforme de replay, Peertube en remplacement de Viméo que nous utilisions avant.

Le site web

L’édition 2020 de l’événement a largement abordé la question de l’éco-conception de services numériques. Sachant que nous en parlions, et que l’association a toujours eu comme principe de produire des POCs sur les sujets qu’elle traite, nous avons conçu le site de l’édition 2020 comme un prototype de ce que pourrait être un site événementiel “low tech”. C’est le site sur lequel vous naviguez en ce moment.

Un grand merci à l’agence Osedea qui a réalisé ce site dans le cadre d’un mécénat de compétence. Grand merci également à Mellie, de l’équipe, et Marcelo Sharlau Coelho qui ont assuré la partie de conception et de direction artistique du projet. Merci également à Frédéric Halna, pour ses précieux conseils en matière d’accessibilité.

Sobriété et simplicité

Pour comprendre les choix que nous avons faits, revenons un peu sur le site de la précédente édition de Ethics by design, celle de 2018. En termes de choix graphique, nous avions fait le choix en 2018 d’une certaine sobriété, qui cherchait à s’aligner sur les sujets que nous traitions : persuasion et privacy. En parallèle, le site est voulu simple, sans fonctionnalité fantaisiste ni effet wahou. Il est focalisé sur le contenu que nous délivrons : les conférences et leurs replays.

Pour l’édition 2020, nous avons poursuivi ce double objectif de sobriété et de simplicité. Nous avons cependant revu notre charte graphique pour qu’elle s’aligne sur la nouvelle charte graphique de l’association (vous pouvez la voir déployée sur notre site). Seule variation entre l’association et l’événement : un changement de couleur majeure. L’association est sable, l’événement est vert.

Mais le principal axe de réflexion que nous avons déployé pour l’édition 2020 concerne le poids des pages et l’information transmise à l’utilisateur. Nous avons ainsi décidé d’expliciter graphiquement notre travail d’optimisation par l’usage des filtres diether, qui viennent dégrader l’image et la compresser. Cela nous permet ainsi de rappeler à l’utilisateur les choix de conception faits sur le site.

Quel CMS ?

Nous avions utilisé en 2018 le CMS Wordpress, grand classique du genre. Nous avions fait le choix de Wordpress pour une raison pratique : l’équipe de Designers Éthiques ne contient quasiment aucun développeur, et si nous développons nos sites en pur HTML/CSS - comme c’était le cas à l’édition 2017 - seul le développeur est en mesure de faire les mises à jour.

Or, le nombre de mises à jour faites sur le site d’un événement comme Ethics by design (qu’il s’agisse d’ajouter un·e intervenant·e, un format, modifier une description) ne se compte bien souvent pas sur l’échelle d’une semaine, mais d’une journée. À titre d’exemple, pour le site de l’édition 2020, ce sont 490 commits qui ont été réalisés sur notre Git en l’espace de 5 mois, soit en moyenne 3 par jour. Cela devient donc vite ingérable pour le développeur qui croule sous les demandes d’édition.

En 2020, notre idée initiale était donc de trouver un entre-deux entre un CMS simple comme WordPress, et un site trop complexe pour un non-développeur. Avec Osedea, nous avons fait le choix de mettre en place un site basé sur le CMS Gatsby, lui-même basé sur React. Il nous permettait en effet de mettre en place une gestion des données en markdown (donc de ne pas avoir de base de données relationnelle) et une mise à jour des données par Git (Framagit en ce qui nous concerne). Grâce aux fonctionnalités de pipeline, le site est compilé à chaque fois qu’un commit est effectué.

Initialement, nous comptions même garder la webpage de Framagit en serveur de production, mais cela s’est vite avéré impossible car le site générait trop de trafic. Nous avons donc migré vers un serveur plus classique.

In fine, Gatsby s’est avéré être un bon compromis en termes de fonctionnement. Mais pour la prochaine édition, nous migrerons probablement vers des CMS qui mettent l’éco-conception au centre de leur démarche, comme Eleventy. Work in progress!

La billetterie - HelloAsso

Vient ensuite la question de la billetterie. Confessons-le : à chaque édition, nous refaisons un benchmark des systèmes de billetterie, et à chaque édition nous choisissons le moins pire, à défaut de celui qui nous irait comme un gant.

Il est en effet très dur de trouver un système de billetterie qui corresponde parfaitement à ses attentes : soit il ne permet pas de mettre en place certains types de billets, soit le coût du service est rédhibitoire, soit l’interface est… questionnable. Bref, c’est compliqué.

En 2017, nous avons utilisé Weezevent, en 2018, BilletWeb. En 2020, nous avons fait le choix de HelloAsso. Tout simplement car nous utilisons HelloAsso pour la gestion courante de notre association (nos adhésions, nos événements locaux). C’était donc facile à mettre en place.

Du côté des plus de HelloAsso, on trouve :

  • Tous les types de billet d’un événement classique, avec les systèmes de réduction et d’option ;
  • Une interface plutôt bien pensée, moins austère que beaucoup d’autres ;
  • Une personnalisation assez forte du système.

Du côté des moins :

  • L’impossibilité de gérer les cookies et trackers mis en place par HelloAsso. C’est dommage car nous avons de notre côté fait le choix de n’en mettre aucun. Et in fine, Google Analytics est quand même chargé…
  • Le système de tips à HelloAsso. Ce système est plutôt positif en temps normal, lorsque l’on organise un petit événement, puisqu’il permet à une structure sans trop de budget de tout de même bénéficier d’une billetterie. Mais dès lors qu’il s’agit d’un événement professionnel, nous avons les moyens de payer le service. Déporter le coût sur l’utilisateur est assez dérangeant, car il le paie en plus de sa place et le perçoit comme un coût caché. C’est vraiment dommage que l’on ne puisse pas switcher entre les deux systèmes.
  • L’impossibilité d’annuler une place achetée et de la rembourser. Là, on ne comprend vraiment pas pourquoi la fonction n’existe pas.
  • Et l’impossibilité d’éditer des factures, qui prennent en compte les tips à HelloAsso. L’absence de cette fonctionnalité nous a donné pas mal de travail en plus.

Et puis, nous avons eu un autre problème avec HelloAsso, mais que nous ne lui imputons pas car il nous semble présent sur l’écrasante majorité des services : l’impossibilité de mettre en place un vrai billet à prix conseillé.

Il est possible de mettre en place un billet à prix libre. L’utilisateur saisit alors le montant qu’il veut dans la case prévue à cet effet. Mais nous avons eu de nombreux retours de personnes qui n’ont pas vu cette case, ou n’ont pas compris qu’ils devaient saisir le montant qu’ils souhaitaient donner. Ils obtenaient alors un billet gratuit.

Ce que nous aurions souhaité mettre en place est un système où par défaut s’affiche dans la case le montant conseillé. L’utilisateur peut ensuite le modifier à sa guise.

En conclusion, nous semblons ici être assez négatifs sur HelloAsso. En réalité, le système marche plutôt bien. Et il est loin d’être à la traîne par rapport à la concurrence. Il suffirait que les quelques points négatifs que nous détaillons soient corrigés pour que ce soit vraiment top.

La plateforme de replay - Peertube

Si vous nous suivez sur nos médias sociaux, vous n’avez pas pu y échapper : nous utilisons dorénavant PeerTube comme plateforme vidéo, en remplacement de Viméo que l’on utilisait jusqu’à présent. Petit retour d’expérience après 6 mois d’utilisation.

Cela faisait longtemps que nous souhaitions tenter l’aventure PeerTube, car nous adhérons largement aux valeurs véhiculées par ce projet de Framasoft. Mais pour tout vous dire, lorsque nous avons commencé à regarder la documentation d’installation, on a un peu déchanté. Ça parlait de serveur Ubuntu / Debian, de sudo, de postgres et de TCP/IP tuning… On vous a dit qu’on n’avait pas de développeur en interne ?

Alors bon, fort de nos 8h d’initiation à Shell et Bash en cours de master (c’était il y a 4 ans), on a fini par se lancer. On ne va pas vous mentir : on a dû bien formater notre serveur 5 fois et recommencer la procédure de 0 à chaque fois jusqu’à réussir à afficher la page d’accueil de notre instance. Mais voilà : ça marche !

Sauf que des fois, ça tombe en panne… Nous avons notamment saturé notre espace disque, ce qui a planté l’application le jour du lancement des replays. Joie… Et c’est là où le fait que nous n’ayons suivi que 8h de cours sur Shell nous a paru largement insuffisant pour surmonter la situation !

Fort heureusement, la communauté PeerTube et l’équipe de Framasoft sont hyper réactives et nous ont largement aidés à chaque fois que nous avons eu un problème. Framasoft nous a même dédié du temps de leur administrateur système pour dépanner notre instance dans le cadre de leur stratégie d’archipélisation. Merci à eux !

En termes de coût, nous avions initialement budgété le montant de notre compte Viméo Pro par an, c’est-à-dire environ 250€. Malheureusement pour nous, l’espace disque a été saturé beaucoup plus vite que prévu, et notre budget annuel pour notre instance est maintenant de 700€. On ne va pas vous le cacher : c’est beaucoup. Nous pourrions optimiser ce coût, notamment en achetant de l’espace disque chez AWS qui propose de l’espace de stockage très bon marché. Mais bon, Designers Éthiques chez AWS, on est d’accord que ce n’est pas top.

Tout compte fait, nous ne regrettons absolument pas le passage à PeerTube. Bien au contraire, il nous permet d’avancer dans notre démarche de dé-gafamisation. Nos statistiques de visionnage ont d’ailleurs progressé depuis notre départ de Viméo, ce qui tend à montrer que l’on peut facilement changer d’outil sans perturber les utilisateurs.

Cependant, nous aurions probablement dû opter pour une autre voie que celle du VPS : celle de Ethibox. Ethibox est un hébergeur de services éthiques, qui propose notamment une offre pour PeerTube. L’avantage majeur de Ethibox est qu’ils prennent en charge toute la partie administration système. Au départ, le coût aurait été plus élevé que notre VPS maison. Mais compte-tenu de notre volume de stockage actuel, le service se révèle être très compétitif.

En conclusion, nous espérons que ces différents retours d’expérience sur toutes les facettes de notre modèle vous auront été utiles. Mais ça n’est pas fini pour autant ! Rendez-vous la semaine prochaine pour parler de ce que vous avez pensé de l’événement, à travers notre sondage post-événement.

Stay tuned.

Ecrit par l'équipe d'organisation

À lire aussi