2020-11-09

Retour d'expérience #4 : le live et la production audiovisuelle

Dans le modèle classique des événements physiques, l’organisation des conférences est un processus relativement simple : vous convenez d’une heure et d’un lieu avec votre intervenant·e, qui se présente le jour J et délivre sa conférence. Facile !

Bon en vérité, il y a avant cela un long processus de sélection des interventions et des intervenant·es. À Ethics by design, nous faisons le choix d’un programme intégralement éditorialisé. C’est-à-dire que nous ne publions pas d’appel à communication. Nous refusons également systématiquement tout mécénat qui impliquerait une prise de parole du mécène.

Notre objectif est de construire un événement au sein duquel nous maîtrisons chaque prise de parole afin d’obtenir un programme qui fasse sens et qui permette de mettre en place un discours global à travers des interventions individuelles.

Evidemment, c’est un travail conséquent et qui entraîne de nombreuses heures de réunion pour identifier les sujets que nous souhaitons aborder et les personnes qui les porteront. Merci d’ailleurs à celles et ceux qui nous aident à chaque édition pour cela !

Résoudre l’inconnu du live : le pré-enregistrement

Ce processus de conception de programme, nous le maîtrisons en présentiel, mais qu’en est-il du live ? Comment enchainer les différentes interventions de façon fluide, et sans problème technique ? Comment gérer les questions-réponses ? En juin 2020, nous ne sommes pas très à l’aise vis-à-vis de ces questionnements, et c’est pourquoi nous faisons un choix qui nous a largement facilité la vie par la suite : pré-enregistrer le plus de conférences possible.

En effet, à ce moment-là, pré-enregistrer les conférences présente au moins 3 gros avantages.

Déjà, celui de s’assurer que notre intervenant·e n’attrapera pas le COVID 3 jours avant l’événement, ou qu’il ne sera pas bloqué dans une région confinée, ou qu’il n’aura pas un plantage de son ordinateur le jour J. Bref, que l’on sera bien en mesure de diffuser sa présentation, alors même que l’incertitude règne.

Ensuite, cela nous permet de garantir une homogénéité de qualité en invitant les intervenant·es à venir pré-enregistrer leurs interventions dans le même lieu, avec le même décor, dans le même format, le tout produit par une équipe de réalisation audiovisuelle professionnelle. Qualités audio et vidéo seront au rendez-vous.

Enfin, cela nous permet de savoir à l’avance quel sera le contenu précis des conférences, pour anticiper les questions, structurer les discussions ainsi que produire les sous-titres.

C’est pourquoi nous avons organisé en août et en septembre 2020, deux journées de tournage pendant lesquelles nous avons fait défiler nos intervenant·es au Laptop à Paris. Merci à l’équipe pour l’accueil, et merci à nos intervenant·es de s’être déplacés !

Cependant, il n’était pas possible de pré-enregistrer à Paris toutes les conférences. Certains intervenants habitaient trop loin pour se déplacer. D’autres n’étaient pas disponibles aux dates de tournage. Bref, une partie des conférences ont donc eu lieu directement en live.

Était-ce un problème ? Non, car cela a donné de la vie à l’évènement. Nous avons ainsi enchaîné présentations pré-enregistrées, lives par visioconférence et lives plus ou moins improvisés sur le plateau, ce qui a permis de rompre avec la monotonie que l’on pouvait craindre d’un live où l’on se serait contenté de lancer des “magnéto” (comme on dit dans le métier).

Mettre en place un live

Alors voilà, on y arrive, comment gère-t-on un live pour un évènement comme celui-là, avec un public à distance ?

Et bien déjà, pas tout seul ! Sans l’accompagnement des équipes de la Monade Sagace et de synchrone.tv, la société de production des Parasites, nous n’aurions pas été en mesure de le faire. Et il ne s’agit pas que d’une question de technique. Certes, les aspects de qualité de son et de vidéo sont importants, mais le choix du cadre, le décor, les enchaînements, le conducteur, les jingles, la correspondance entre les valeurs de l'événement et le choix des plans sont des points qui ne s’improvisent pas.

Mais reprenons les choses dans l’ordre. Déjà, rappelons que nous avions choisi de mener un live pendant 3h30, chaque après-midi durant une semaine. Comme nous ne pouvons pas avoir de public, l’objectif est d’animer une sorte de plateau de télévision / studio de radio où nous accueillons les différent·es intervenant·es.

Zoom ou pas Zoom ? Telle est la question

Les participants regardent quant à eux le live depuis leurs ordinateurs, via le logiciel Zoom. Voici la grande question : fallait-il choisir Zoom ? Pour répondre à cette question, nous vous en proposons une autre. Quelle alternative à Zoom ? Qui permette de :

  • Faire du live à 500 personnes ;
  • Filtrer l’accès à ce live ;
  • Clavarder, poser des questions, voter pour des questions, commenter des questions ;
  • Contrôler qui peut prendre la parole, activer sa caméra, partager son écran, monter sur scène ;
  • Transmettre des flux audio de provenances diverses (magnéto, jingles, plateau filmé en live, slides…)

Selon nos recherches à l’été 2020, la réponse est : Zoom, Skype, Livestream (Viméo) & Livestorm. Faites votre choix… Aucun logiciel libre n’est malheureusement conçu pour accueillir des webinaires. Tous ont été conçus pour des réunions ou de l’enseignement. Dans ces cas d’usage, n’importe qui peut par exemple prendre la parole par défaut. Avions-nous envie que quelqu’un puisse interrompre un·e intervenant·e en pleine présentation ? Evidemment que non. Raison pour laquelle nous avons choisi Zoom.

Était-ce le meilleur choix ? Avec le recul, probablement pas, en tout cas parmi les quatre logiciels que nous avions identifiés ci-dessus. Notamment parce que de nombreuses DSI bloquent l’usage de Zoom et que cela a empêché nombre de nos participant·es de nous rejoindre. Dans la précipitation des 3 à 4 mois que nous avons eu pour nous retourner, nous n’avons pas pensé à cela. Si cela avait été le cas, probablement que nous aurions plutôt utilisé Livestorm, dont le coût est qui plus est sensiblement moins élevé.

En tout cas, si la prochaine édition doit se tenir dans les mêmes conditions, nous attendons de pied ferme la V3 de Peertube qui nous permettra d’y diffuser nos lives !

Le plateau pour animer le live

Le principal inconvénient du format distanciel est… la distance. Ce qui veut dire l’absence d’interaction entre les différents participant·es, et avec les intervenant·es. L’objectif de ce live était donc d’éviter de le transformer en un simple enchaînement de formats pré-enregistrés auxquels se seraient succédées des questions écrites lues et répondues par l’intervenant·e.

Créer de l’interaction était nécessaire. Pour cela, nous avons mis en oeuvre plusieurs éléments. Tout d’abord, nous avons fait le choix de créer une sorte de plateau, à mi-chemin entre un plateau de télévision et un plateau de radio, animé par des personnes (en l’occurrence, nous l’équipe d’organisation) et sur lequel les intervenant·es défilaient. Ce format a été avec le recul très positif, car il a permis de créer une cohérence d’ensemble, tant visuelle que de contenus. Ensuite, cela a permis d’éliminer une partie de la rigueur des échanges en visioconférence, où l’on sait qu’il faut sagement attendre qu’une personne finisse de parler pour prendre la parole, sous peine de son inaudible. Non pas que le plateau autorise à couper la parole (c’est assez malpoli), mais il permet plus de spontanéité.

Les échanges et la modération

Second élément permettant de récréer de l’interaction, les temps d’échange. Lors de conférences classiques, à la fin de la présentation, celui ou celle qui préside les échanges se tourne solennellement vers la salle pour annoncer “nous allons maintenant laisser la parole au public. Est-ce qu’il y a des questions ?” S’ensuit un blanc plus ou moins long, résultat d’une complexe équation entre la vitesse de parcours du micro à travers la salle, le caractère intimidant de l’audience et l’intérêt du sujet développé par l’intervenant·e.

Recréer cette ambiance en ligne n’est ni évidente ni forcément souhaitable. En effet, en présentiel, c’est le micro qui sert de totem de parole. Il vient signifier le droit à prendre la parole. En visioconférence, chacun peut décider d’activer son micro. On peut alors très vite craindre la cacophonie. Raison pour laquelle nous avons fait le choix d’une plateforme où les utilisateurs ne peuvent pas prendre la parole eux-mêmes. C’est à nous, modérateurs, de la distribuer. Pour cela, il faut savoir qui souhaite poser une question. Nous nous basons sur le chat où échangent les participants pendant la conférence, et où les questions arrivent les unes après les autres.

Notre scénario initial vis-à-vis des questions réponses était donc de noter les questions sur le chat, appeler les personnes les ayant posées à monter sur scène et à la poser. Mais très peu de gens ont en vérité souhaité venir poser leur question, et les personnes nous ont plutôt laissé les poser à leur place.

In fine, cette situation présente un intérêt majeur dans l’animation de la discussion. Les modérateurs reçoivent tout au long de la conférence des questions, qu’ils peuvent noter et ordonner. Ils peuvent également ajouter leurs propres commentaires ou questions pour faire du lien avec d’autres conférences de l’évènement. Comme les modérateurs et les animateurs sont nombreux sur le plateau, l’effet de discussion entre deux personnes est limité. La parole circule, on cite le nom des personnes ayant posé les questions dans le chat, et on recrée un sentiment de discussion à plusieurs voix.

Mais les participant·es sont totalement spectateurs. Il n’y a pas de réelle interaction avec l’intervenant·e puisqu’elle est très filtrée par les animateurs. D’autant plus que le nombre de questions n’est pas limité comme dans une conférence classique : tout le monde pose ses questions, et on se retrouve vite avec 15 ou 20 questions à la fin de la conférence, contre 3 à 5 pour une conférence en présentiel. Le phénomène de frustration lié au fait de ne pas avoir pu poser sa question, ou qu’elle n’ait pas été reprise par les animateurs, est donc potentiellement plus fort.

Pour le moment, nous n’avons pas trouvé de solution à même de résoudre cette équation. Et il est difficile de savoir si le problème est très prégnant ou si le manque d’interaction ressenti vaut surtout pour les interactions hors conférences.

Voilà ce que nous pouvions vous dire de l'organisation d'un live et notre première expérience en la matière ! Rendez-vous ci-dessous pour le prochain article de ce retour d'expérience, qui sera consacré à la question de la communication !

Ecrit par l'équipe d'organisation

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